Notre série "Pourquoi j'ai candidaté et mes espoirs en partant au Quingdong"
Lettre ouverte à ceux qui ne veulent pas partir
Arrêtez avec cette rhétorique selon laquelle nous, créateurs et créatifs, nous nous inspirerions de l'Orient alors qu'eux, ils nous copieraint car ils seraient incapables d'innovation.
Nous nous inspirons de l'Orient, nous l'avons toujours fait, et eux nous copient comme nous ne nous rappelons plus de l'avoir fait. Les faïences hollandaises de Delft, nées pour imiter la porcelaine chinoise, ça vous dit quelque chose ? Et les châles en cachemire produits en Ecosse ?
Le thème de la copie, de l'imitation, de la contre-façon, devient un leitmotiv du discours chinois en Belgique. Moi, ras-le-bol ! La Chine moi j'en rêve, j'en bave, JE LA VEUX !
Cette fois, je ne resterai pas assise sur mon fauteuil à regarder les autres qui vivent, à faire le canard qui fait quoi ? quoi ? pourquoi ?
Moi, j'y vais, en Chine, et j'y amène ma maison, refaite brique par brique.
Vous, restez là avec vos jugements confortables qui vous arrangent tant que vous pouvez rester dans votre confort fictif et rassurant, fiers de vos conquêtes qui ne sont que des miroirs aux alouettes.
Moi, je m'en vais, j'y vais, j'y suis déjà.
J'y vais pour avoir ma deuxième chance. J'ai toujours pensé que si seulement on m'avait donné la possibilité de refaire ma vie, j'aurais fait les choses bien comme il faut.
Je n'aurais pas répété les mêmes fautes, et on ne m'aurait pas jugé sur mon passé, étiquetée comme un vase made in China.
Martine, dans ma deuxième chance, je ne rayerai pas la porte de ta belle voiture en te faisant croire que c'était l'Afghan du coin. (Si tu veux qu'on fasse nos comptes, viens me chercher au Quingdong, j'habite la même rue !)
Là-bas, je ne me ferai pas virer de mon boulot à la Poste alors que toi tu n'as jamais des soucis d'argent, dans ton beau salon. Là-bas, plus de soucis d'argent pour moi non plus, je n'aurai qu'à être à l'image de la moi-même que moi-même aurait toujours voulu être ici à Berchem (je sais que tu sais de quoi je parle).
Tant pis pour ceux qui n'ont pas eu la chance de me connaître vraiment. Je laisse cette chance à d'autres, ailleurs. Deuxième chance. My second life. Yes.
Je t'entends le répéter, Raphaël, "Tu n'es qu'une froussarde", "Tu ne fais que fuir tes problèmes", "Ta mère avait raison de dire ..."
Oui. Je m'en vais parce que j'ai peur. Et alors quoi ? Peur de ce que devient mon pays, ma ville, mon fils de 35 ans qui soupire si je lui demande de me rendre le plus petit des services.
Je m'en vais parce que c'est plus facile - "pusu" dit-on en chinois - d'imaginer un ailleurs exotique à façonner à ma manière, que de changer mon ici pour qu'il prenne la forme de mes inspirations, de mes idéaux désormais confus, enfin de moi.
Je m'en vais pour redécouvrir qui j'étais.
Je m'en vais pour retrouver ma Berchem, pour pouvoir la regarder encore une fois avec les yeux pleins de rêves et de jeunesse que j'avais quand j'y ai mis le pied pour la première fois.
Bye bye. I go to live my second beautiful life
Christine P.
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